les nombres sacrés, jean de flaubert

Aucune de mes œuvres abstraites ne portent de titre, mais seulement un numéro. Vous vous demandez peut-être pourquoi. Elles ne représentent rien qui m’évoquerait quelque chose consciemment, ni sentiment, ni émotion, ni idée. Mais elles surgissent des profondeurs de mon esprit et sont posées là comme de pures images. Lorsque je travaille sur un projet, il ne se produit pas de jaillissement, je m’efforce petit à petit de reconstituer ce que j’ai dans la tête, de façon à ce qu’il y ait la meilleure correspondance possible entre l’image en moi et l’image produite. Je modifie le projet de multiples fois jusqu’à ce que je reconnaisse cette image. Je sais quand je parviens à la représentation la plus fidèle, je la reconnais. J’ai en moi des milliers d’images de ce type, et de temps en temps j’en attrape une et je ne la lâche plus, je l’extirpe du plus profond de moi, là justement où il n’y plus de moi, mais quelque chose qui appartient à tous les êtres. Vous ne me verrez ni ne m’entendrez jamais expliquer un de mes tableaux. Je laisse cela à tous ceux chez qui mon art provoque quelque chose, parcourant peut-être à l’envers le même chemin que moi. Une fois que le projet est arrêté, vient la cérémonie de la peinture. Je suis toujours très recueilli lorsque je peins. Je ne sais pas, peut-être qu’on effleure le sacré, que les profondeurs nécessitent du sérieux et du cœur lorsqu’on y touche, comme une sorte de méditation.

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