Entre le visible et l’invisible

Je ne cherche pas vraiment à raconter des histoires avec mes peintures. Je cherche plutôt cet instant où une image cesse d’être complètement explicable.

Ce qui m’intéresse se trouve souvent à la limite : entre présence et absence, apparition et disparition, profondeur et surface, réel et espace intérieur. Une maison, un arbre, un escalier, une chaise ou un visage peuvent être parfaitement reconnaissables et pourtant sembler appartenir à un autre ordre de réalité. C’est précisément cette incertitude qui m’attire.

Depuis longtemps, des signes apparaissent dans mes tableaux. Certains proviennent de caractères que j’entrevois parfois lorsque je suis à moitié endormi. Des suites de formes inconnues défilent alors devant mes yeux comme les fragments d’une écriture dont j’ignore totalement la signification. Je n’essaie pas de les déchiffrer. Je retiens parfois une forme, puis elle réapparaît dans une peinture.

Ces signes ne constituent donc pas un code. Ils ne symbolisent rien de déterminé. Ils sont là comme des traces, des présences ou les vestiges d’un langage dont la clé manquerait.

Il en va de même des lignes, des fractures, des zones effacées et des formes qui traversent mes compositions. Elles ne sont pas destinées à expliquer l’image mais, au contraire, à empêcher qu’elle se referme trop facilement sur une interprétation.

La couleur joue pour moi un rôle essentiel. Je peux rechercher une atmosphère grave ou inquiétante sans utiliser nécessairement des couleurs sombres. Les rouges, les bleus, les violets, les oranges ou les turquoises peuvent produire une lumière qui ne rassure pas. Une peinture peut être éclatante tout en conservant quelque chose de silencieux, d’incertain ou de profondément intérieur.

Mon passage récent à la peinture numérique n’a pas changé cette recherche. Il lui a simplement donné un espace plus vaste. Les figures peuvent maintenant apparaître, se dissoudre, se mêler plus intimement à la matière et devenir elles-mêmes une partie du paysage pictural.

Je ne souhaite pas expliquer ce que mes œuvres signifient.

S’il existe quelque chose derrière leur surface, je préfère que chacun en fasse lui-même l’expérience.